A Propos …

Auteur photographe d’Audierne (Bretagne) , au coeur du Cap Sizun, Gaëlle de Trescadec baigne depuis l’enfance dans l’univers maritime

Saisir l’impromptu

Passionnée par les tempêtes et le mouvement, à terre comme en mer, Gaëlle parcourt le littoral et les eaux bretonnes . 

Depuis 2014, inspirée par le reportage « Les Cow-boys de la houle » de Laurent Cadoret, elle embarque aux côtés des marins-pêcheurs artisanaux, notamment les ligneurs du Raz de Sein. Elle devient ainsi le témoin privilégié du quotidien brut des équipages du Cap Sizun.

Sa démarche artistique s’enracine dans la Bretagne sauvage, au rythme des saisons. C’est particulièrement lors des tempêtes, quand la lumière sculpte les paysages et révèle la puissance de l’océan, qu’elle déploie son regard. Sa photographie est un acte de mémoire : elle fige un mouvement faisant déjà partie du passé  pour le rendre éternel, là où l’œil humain ne perçoit qu’un flux éphémère. 

C’est cette quête de l’éternité nichée dans l’instant le plus fugace qui définit l’essence même de son art. Mêlant observation patiente et réactivité fulgurante, elle traque l’instant décisif. 

Sous son objectif, les vagues se dressent pour créer des paréidolies et tout un bestiaire fantastique. Parfois, à l’inverse, elle laisse le temps de pose s’étirer pour transformer l’eau en une matière onctueuse et intemporelle.

Les oiseaux marins occupent également une place centrale dans son œuvre. Gaëlle y cherche cette même force instinctive qui anime les pêcheurs : une ténacité et une résilience face aux visages de l’océan. La beauté d’une aile déployée vient alors souligner, avec une apparente fragilité, la fureur poétique des éléments.

Cet univers s’étend naturellement aux sports nautiques — de la plongée à la voile, en passant par les sports de glisse — où elle continue d’immortaliser la rencontre vibrante entre l’homme et l’immensité liquide. 

Cette quête de nature encore sauvage ne s’arrête pas au rivage. 

Loin du fracas des vagues, Gaëlle cultive un goût profond pour la solitude et se ressource dans le silence des Monts d’Arrée.

Au milieu des landes désertes, elle recherche les atmosphères suspendues, où la nature s’éveille enveloppée de brume ou d’un manteau neigeux. 

Dans les chaos granitiques des sous-bois, elle suit le cheminement de  l’Elez et de ses cascades magnifiées par les couleurs d’automne.

Les mots de Gaëlle

J’ai appris “sur le tas” : la technique, oui… mais l’instinct d’abord

Je suis autodidacte, je n’ai fait aucune école de photographie. Dans mon monde « sur le tas » veut dire : dans le vent, fouettée par les embruns, dans l’attente, dans les ratés, 

dans les retours aux mêmes endroits jusqu’à ce que l’évidence d’un cadrage, d’un mouvement ou d’un éclairage de scène me touche l’oeil et l’âme.

Je photographie souvent comme cela, je tente d’oublier les idées parasites et de me fondre le plus possible dans l’environnement et l’instant présent,

 à la fois actrice et spectatrice détendue, mais ultra-attentive prête à réagir à la seconde décisive.

Je crois profondément que rien ne remplace l’instinct. A bord d’un bateau de pêche, je guette le moment où la canne se plie, pas seulement pour « documenter », mais pour saisir, ce micro-signe où tout va basculer très vite : l’effort, la tension, le déplacement du marin et deviner s’il saisira l’épuisette au dernier moment ou ramènera d’un coup sec le poisson à bord, permettant parfois un face à face entre 2 chasseurs, saisi sur le vif par une 3ème chasseuse… d’images, cette fois.

Bien-sûr, je ne suis pas pour autant négligente de la technique. La mer ne pardonne pas l’à peu-près : elle bouge, arrose, asperge, secoue , les lumières changent toutes les trois minutes…

Donc, oui, j’adapte constamment les réglages du boitier, je surveille les vagues autour du bateau, je sécurise en évitant les chocs … La magie d’une photo nécessite beaucoup de rigueur «  en coulisse »

La tempête, c’est la vie à 100%

On me demande souvent pourquoi je cours après les tempêtes, comment je ne me fatigue pas d’arpenter la côte, de traverser le Finistère pour assister à une énième dépression ….

Je pourrais répondre avec une formule lyrique, mais la vérité est d’ordre physique. Les tempêtes me sortent de la torpeur du quotidien et du relationnel épuisant psychiquement, me stimulent, éveillent mes 5 sens. 

Dans ces moments de mouvement, de vent qui siffle, gémit, hurle parfois, d’odeurs de goémon, de roulement de galets, de grondements de vagues explosant sur les roches ou l’architecture maritime, sous les trouées de ciels de traîne, d’ombres et lumières, de contrastes violents, ou même sous la nébulosité puis le rideau des averses ou des grains, on se sent à 100% vivant et dans l’instant présent.

“La Ligne du Vivant” : une décennie à suivre une pêche artisanale

Depuis dix ans, Gaëlle de Trescadec suit le sillage des pêcheurs-ligneurs entre la Chaussée de Sein et le Raz de Sein. Là où l’océan dicte sa loi, elle capte l’essence d’un métier brut, entre puissance et vulnérabilité.

Dans cette série au long cours, les scènes de manœuvres alternent avec des portraits réalisés en mer, saisis dans l’instant et la lumière du large. 

Au-delà du geste technique, Gaëlle s’attache aux trajectoires humaines et à la transmission : ce fil invisible qui relie les marins expérimentés à la jeune génération. 

Elle observe, avec une émotion retenue, cette continuité fragile et magnifique qui tente de subsister dans un monde maritime en pleine mutation.

En filigrane, La Ligne du Vivant interroge l’avenir : comment préserver cet espace de liberté, de travail et d’héritage au sein d’un océan aujourd’hui partagé et bousculé ?

Je suis profondément reconnaissante que ce témoignage ait trouvé des échos :

* CCI de MORLAIX – 2017: Exposition  avec les autres lauréats du Grand Prix Photographique de Bretagne 

* PARIS MATCH – 2021: Publication pour illustrer un reportage sur les ligneurs du Raz de Sein. 

* Exposée au Musée Maritime du Cap Sizun ( 2022 et 2025) pour mon  travail sur la pêche artisanale

* Festival Photo du GUILVINEC 2026: Exposition de juin à fin septembre avec les autres lauréats.

Ce que j’espère transmettre, au fond

Je ne photographie pas la Bretagne seulement parce qu’elle est belle, mais parce qu’elle est vraie, et parce que je la connais de l’intérieur : ses colères, ses silences, ses hivers, ses renaissances, ses oiseaux, ses métiers, ses phares, ses épaves, ses ports, ses lignes de forces, ses lumières et ses ombres. 

J’espère à travers mes images vous transmettre les émotions ressenties à les réaliser.